• Conférence sur le temps de travail pour UNIA – Groupe Migration à La Chaux-de-Fonds

    La journée de travail va-t-elle redevenir une question sociale? Réflexions à partir d’une étude sur la grande distribution suisse et d’autres recherches sur les conditions de travail

    Les études empiriques sur la condition des travailleuses et travailleurs sont fort précieuses: elles aident à comprendre autant leurs conditions dans les coulisses de la production que les dynamiques en cours au niveau des rapports sociaux. C’est précisément ce que Nicola Cianferoni propose dans son livre Travailler dans la grande distribution. La journée de travail va-t-elle redevenir une question sociale? paru aux éditions Seismo (Genève et Zurich) en septembre 2019. À l’appui de 78 entretiens réalisés avec des dirigeants, des travailleuses et travailleurs de divers échelons hiérarchiques et des secrétaires syndicaux, il constate que la journée de travail prend une place de plus en plus centrale dans la vie sociale. Les trois phénomènes qu’il observe empiriquement de l’intensification, la disponibilité temporelle et la déqualification se produisent dans un contexte où le temps de travail a cessé de diminuer depuis les années 1990 – voire même où il augmente pour certaines catégories du personnel. À l’appui de cette longue enquête sur les supermarchés et d’autres recherches qu’il a mené sur les conditions de travail, l’auteur apportera des éclairages sur les raisons pour lesquelles le temps de travail tend à devenir plus important dans les pratiques quotidiennes des salarié·e·s, comment cela est vécu par les groupes sociaux directement concernés (les hommes et les femmes ainsi que les différents échelons hiérarchiques), et dans quelle mesure la réduction du temps de travail pourrait redevenir actuelle dans les années à venir.

     

  • Présentation de mon livre aux Journées socio-anthropologiques genevoises

    Travailler dans la grande distribution. La journée de travail va-t-elle redevenir une question sociale?

    Nicola Cianferoni, post-doctorant à l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève et à l’Institut de sociologie de l’Université de Neuchâtel

    Les études empiriques sur la condition des travailleuses et travailleurs sont fort précieuses : elles aident à comprendre autant leurs conditions dans les coulisses de la production que les dynamiques en cours au niveau des rapports sociaux. C’est précisément ce que Nicola Cianferoni propose dans son livre Travailler dans la grande distribution. La journée de travail va-t-elle redevenir une question sociale ? paru aux éditions Seismo (Genève et Zurich) en septembre 2019. À l’appui de 78 entretiens réalisés avec des dirigeants, des travailleuses et travailleurs de divers échelons hiérarchiques et des secrétaires syndicaux, il constate que la journée de travail prend une place de plus en plus centrale dans la vie sociale. Les trois phénomènes qu’il observe empiriquement de l’intensification, la disponibilité temporelle et la déqualification se produisent dans un contexte où le temps de travail a cessé de diminuer depuis les années 1990 – voire même où il augmente pour certaines catégories du personnel. Tout cela le conduit à interroger la place que prendra la journée de travail dans les années à venir.

    Salle A006 (Rue Prévost-Martin 28, bâtiment A, rez-de-chaussée

     

  • Articles de revue

    La négociation sociale du temps de travail: évolutions de ses objets et de ses configurations dans le contexte suisse

    Cet article fait partie du numéro 26 de la revue Négociations, qui consacre un dossier spécial à la thématique  «Actualités de la négociation collective et du dialogue social».

    La contribution de Jean-Michel Bonvin, Nicola Cianferoni et Aris Martinelli étudie l’impact de la flexibilité temporelle sur les coordonnées de la négociation sociale dans le contexte suisse. Il s’agit notamment de voir à quel niveau – inter-organisationnel, intra-organisationnel ou interpersonnel – les diverses dimensions de cette flexibilité sont négociées et si les processus de décision prennent la forme d’une négociation distributive ou intégrative ou doivent au contraire être envisagés comme une prérogative des employeurs. Ces questions sont abordées à travers l’évocation de scènes ordinaires et d’épisodes conflictuels de négociation sociale au sein d’entreprises de l’industrie des machines et de la grande distribution.

    Téléchargez l’article de Jean-Michel Bonvin, Nicola Cianferoni et Aris Martinelli via la plateforme Cairn.info.

    Référence complète:

    Bonvin, J.-M., Cianferoni, N., & Martinelli, A. (2016). La négociation sociale du temps de travail. Evolutions de ses objets et de ses configurations dans le contexte suisse. Négociations, 26, 41–53.

  • Interventions publiques

    Travailler et vivre online. Chances et risques des formes virtuelles de travail.

    Travailler et vivre online. Chances et risques des formes virtuelles de travail. Journée d’étude de Movendo organisée en collaboration avec l’Union syndicale suisse (USS) le mardi 30 juin 2015.

    Flyer_vivre-online_frzLe télétravail (Home Office) et d’autres formes de travail et de communication virtuelles influencent de manière croissante notre quotidien. Précarité et pression sur les conditions de travail peuvent en être les conséquences. Ces mutations du champ du travail présentent des risques de nature contractuelle ou pour la santé des travailleurs et travailleuses, tout en ouvrant également de nouvelles possibilités sur le plan de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Comme le montrent des études, le fait d’être constamment atteignable est un facteur aggravant les risques de troubles psychosociaux. Les coûts de la santé liés à ces maux sont également en augmentation. Dans les nouvelles organisations du travail ou les formes virtuelles d’activités professionnelles, l’enregistrement du temps de travail, pour ne prendre que cet exemple, perd souvent de sa pertinence au profit de la seule performance des entreprises. Durant cette conférence, nous verrons, sur la base de brèves interventions de spécialistes et dans des ateliers, comment les nouvelles formes de travail pourraient être exploitées positivement et comment on peut en limiter les impacts négatifs.
    Cliquer ici pour télécharger le programme détaillé.

    Intervenant-e-s:

    Elodie Baerlocher (psychologue du travail et des organisations, Bureau UND Équilibre entre famille et emploi pour les hommes et les femmes)
    Nicola Cianferoni (sociologue, Université de Genève)
    Luca Cirigliano (secrétaire central, Union syndicale suisse)
    Pierluigi Fedele (membre du comité directeur Unia)
    Rafaël Weissbrodt (ergonome, ERGOrama SA, spécialiste MSST à l’Etat du Valais)

  • Interviews

    Les méthodes du centre d’appels Avocis. «Dans ce travail, on est totalement à la merci de l’employeur».

    Interview paru dans la revue alencontre.org le 23 février 2015

    Par Nicola Cianferoni

    attachmentAvocis est une entreprise qui fournit des «prestations de services à la clientèle» (customer contact management services) avec 6500 salariés dans trois pays d’Europe: Allemagne, Suisse et Autriche. En 2014, le groupe a dégagé un profit de 29,8 millions d’euros avant intérêts et impôts (EBIT) contre 19,7 millions en 2013 (+34%). Le chiffre d’affaires est de 210 millions pour la même année contre 173 millions en 2013 (+18%). Le taux de rentabilité (EBIT) est passé de 11,4% en 2013 à 14,5% en 2014. Ces chiffres témoignent d’une «rentabilité du capital» très élevée. Cette rentabilité implique une gestion très sanglée de la force de travail.

    Avocis est connue depuis longtemps pour la dureté des conditions de travail. La télévision suisse alémanique SF1 avait déjà relevé que la brutalité des conditions de travail n’est pas seulement à l’avantage d’Avocis, mais aussi des entreprises qui, à l’instar de Swisscom, font appel à ses prestations. Annina Merk, sa porte-parole, se défend ainsi dans l’émission: «Swisscom est l’une des rares entreprises de la branche qui effectue l’ensemble de son service client en Suisse. Cela permet aux travailleurs de profiter du droit du travail suisse». [1] Le témoignage que nous avons recueilli auprès d’un travailleur d’Avocis basé à Lausanne, et que nous proposons ci-dessous sous forme anonyme, donne un aperçu très précis de ce que permet le droit du travail suisse: un salaire horaire de 22 CHF, une durée du travail variable entre 30 et 45 heures selon les besoins de l’entreprise, licenciements arbitraires, etc.

  • Interventions publiques

    Interview donnée à l’émission “Burn-out: quand le travail nous brûle les ailes”

    6095291.imageLe burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, survient suite à une exposition à un stress chronique. Une enquête du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) signale qu’en Suisse le nombre de personnes souffrant de stress chronique est en constante augmentation.
    Vacarme, émission produite et diffusée par la Radio télévision suisse (RTS), a réalisée une série de cinq reportages intitulée: “Burn-out: quand le travail nous brûle les ailes”.
    Le quatrième porte sur le burn-out dans le secteur public en prenant comme exemple le cas de La Poste, entreprise où le travail a fortement évolué au cours des 20 dernières années en raison de la libéralisation du secteur.
    Nicola Cianferoni a étudié l’impact de ces modifications sur les employés du géant jaune avec la recherche “Quand la modernisation produit de la souffrance: le cas de la Poste suisse” effectuée en 2009. Il intervient dans l’émission pour expliquer en quoi elle est toujours d’actualité.
    Pour télécharger le fichier audio:
    Vacarme, 4.9.2014

  • Revues

    La fabrique du compromis sur le marché du travail suisse. Évolutions et défis actuels

    NEG_020_L148Cet article fait partie du numéro 20 de la revue Négociations, qui consacre un dossier spécial à la thématique suivante: Penser le compromis.
    La contribution de Jean-Michel Bonvin et Nicola Cianferoni présente une analyse de la notion de compromis et de son rôle dans le contexte du marché du travail suisse, caractérisé par la volonté des divers acteurs en présence de privilégier les solutions de compromis, que ce soit au niveau politique, au niveau de la branche ou de l’entreprise. Ce contexte est donc marqué par la prédominance d’un type de négociation largement intégratif où chacun des participants au jeu négociatoire est censé trouver un avantage.
    Cependant, les auteurs montrent comment les récentes transformations du marché du travail suisse (accroissement des exigences de flexibilité, pression à la compétitivité, etc.) ont remis en cause les fondements de ce modèle ainsi que la possibilité même d’une négociation intégrative. Ils se demandent ainsi si cette évolution ne tend pas à déboucher sur des formes de négociation distributives, où les gains d’une partie coïncident avec les pertes de l’autre.
    Après avoir présenté le contexte d’émergence et les caractéristiques principales du modèle helvétique de compromis, Jean-Michel Bonvin et Nicolas Cianferoni mettent en lumière les défis posés par ses évolutions récentes et les illustrent au moyen d’une étude de cas portant sur une entreprise de l’industrie des machines.
    Téléchargez l’article de Jean-Michel Bonvin et Nicola Cianferoni via la plateforme Cairn.info.
    Références complètes: Bonvin, J.-M., & Cianferoni, N. (2013). «La fabrique du compromis sur le marché du travail suisse. Évolutions et défis actuels.» Négociations, 20(2), 59-71.

  • Notes de lecture

    À propos de “L’assurance chômage en Suisse. Une sociohistoire (1924-1982)”, ouvrage de J.-P. Tabin et C. Togni

    Note de lecture publiée dans la revue Revue suisse de sociologie, n°40, 2013, p. 593-595.
    Jean-Pierre Tabin & Carola Togni, L’assurance chômage en Suisse. Une sociohistoire (1924-1982), Editions Antipodes, Lausanne, 2013, 229 pages.

    L’entrée en vigueur d’une assurance chômage obligatoire est l’aboutissement d’un processus long et complexe. Les auteurs proposent d’en établir une «socio-histoire» basée «sur le dépouillement systématique de sources et sur l’interprétation sociologique de ce qu’elles révèlent» (p. 14). Leur thèse peut être résumée ainsi: la création d’une assurance chômage institutionnalise l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale, le chômage, située à mi-chemin entre la pauvreté et l’emploi. Ils estiment qu’un double consensus caractérise la période étudiée (1924–1982): d’une part, l’emploi est perçu comme «le seul moyen de distribuer la richesse en société» (p. 12) et, d’autre part, les coûts liés à l’indemnisation des chômeurs doivent être pris en charge « au sein d’un collectif » (p. 13). Le propos des auteurs est structuré autour de cinq chapitres dont chacun se rapporte à une période historique bien délimitée. Le premier chapitre focalise son attention sur les années qui suivent la Première Guerre mondiale, le deuxième sur la Grande Dépression des années 1930, le troisième sur les années de la Seconde Guerre mondiale, le quatrième sur la période de forte croissance économique des Trente Glorieuses et le cinquième sur la crise économique associée au choc pétrolier de 1973–74.
    La Loi fédérale sur l’assurance chômage de 1924, premier jalon de ce long parcours, introduit la participation de l’Etat fédéral au financement des caisses. Il s’agit par là d’assurer la survie des caisses syndicales dont la situation financière se dégrade avec la hausse du chômage qui sévit durant la Première Guerre mondiale. Ces subventions sont allouées en contrepartie d’une limitation du droit de grève et d’une gestion comptable clairement séparée des autres activités syndicales. L’Etat fédéral dispose ainsi des leviers nécessaires à une première forme de contrôle des syndicats dans la gestion du chômage. Les subventions favorisent les caisses publiques et paritaires sur le long terme, au détriment de celles syndicales qui voient la proportion d’assurés (comparativement à l’ensemble des caisses) diminuer de 94% à 30% entre 1924 et 1975.
    La révision constitutionnelle de 1947 permet de consolider les dispositions en vigueur tout en abrogeant un arrêté que le Conseil fédéral avait édicté en 1942, lorsqu’il disposait des pleins pouvoirs. D’après Tabin et Togni, le processus de «normalisation» de l’assurance se traduit à ce moment-là par l’adoption de quatre principes: le caractère facultatif de l’assurance, le financement par l’impôt et les cotisations salariales, la concurrence entre caisses et l’imposition de règles uniformes pour l’octroi des indemnités. Cette nouvelle base légale répond à la volonté de consolider la paix du travail et d’assurer une main-d’œuvre qualifiée sur le marché du travail. C’est pourquoi «l’accent (…) n’est plus mis sur l’indemnisation, mais sur la possibilité de changer les qualifications ou de renforcer la mobilité du travail» (p. 112). Le statut du chômeur connaît néanmoins une amélioration, en particulier pour les ouvriers masculins qualifiés.
    Le pays connaît une crise économique d’envergure au milieu des années 1970, mais le taux de chômage officiel n’augmente pas pour autant de manière significative. Parmi les explications proposées figurent le retrait des femmes du marché de l’emploi, le retour des étrangers dans leurs pays d’origine et l’exclusion des personnes non assurées des statistiques. Un nombre croissant de salariés décide néanmoins de s’affilier auprès d’une caisse de chômage. Quant au gouvernement et aux partis politiques, ils considèrent tous qu’une révision de l’assurance chômage est nécessaire et urgente. En 1976, l’adoption d’un nouvel article constitutionnel introduit un régime de financement paritaire et consacre le caractère obligatoire de l’assurance pour les travailleurs tout en précisant que la loi peut prévoir plusieurs exceptions. Un arrêté fédéral d’une validité de cinq ans exclut toutefois le patronat du financement durant la période transitoire.
    Le Parlement engage une procédure législative qui aboutit à l’adoption d’une nouvelle Loi fédérale sur l’assurance chômage (LACI) en 1982. D’après les auteurs, les débats sont marqués par quatre initiatives xénophobes qui rendent omniprésente la question de l’abus et «justifi[ent] sur la base de la rhétorique du juste milieu une politique restrictive en matière d’immigration» (p. 159). Le droit légal à des prestations de chômage comporte par conséquent de nombreuses exceptions qui s’appliquent à la population non résidente, comme c’est par exemple le cas des travailleurs frontaliers ou saisonniers. La LACI entérine également quatre nouveautés majeures, en partie déjà en vigueur durant la période transitoire: l’introduction d’une cotisation patronale dans le financement de l’assurance, le plafonnement du salaire assuré, la limitation de la participation financière des autorités à des circonstances exceptionnelles, la séparation entre encaissement et distribution (le premier étant pris en charge par les caisses de l’Assurance vieillesse et survivants – AVS – et le deuxième par les caisses de chômage). Le caractère involontaire de l’absence d’emploi, l’obligation d’accepter un travail convenable et le montant de l’indemnisation inférieur au salaire assuré caractérisent, dans la loi, cette nouvelle catégorie sociale du chômeur. Les auteurs ne précisent toutefois pas que cette catégorie repose aussi sur les sanctions prévues à l’encontre des chômeurs qui ne respectent pas les directives des offices cantonaux de l’emploi.
    L’ouvrage est particulièrement riche dans la description des débats et l’analyse des changements législatifs. Tabin et Togni parviennent à démontrer que la mise en place d’une assurance chômage découle d’un compromis entre acteurs sociaux, dont les termes sont façonnés au cours d’une période historique longue, caractérisée à la fois par des bouleversements et des continuités. Les auteurs apportent ainsi des éléments précieux pour une meilleure compréhension du fondement des politiques sociales. La lecture de leur ouvrage se révèle également intéressante pour saisir l’un des mécanismes – la gestion du chômage – œuvrant à l’intégration du mouvement ouvrier dans le corporatisme suisse. L’analyse proposée ne met toutefois pas en relation l’essor de l’assurance chômage avec le fait qu’à la différence d’autres pays européens, aucun système de sécurité sociale cohérent ne voit le jour en Suisse après la Seconde Guerre mondiale, ce qui aurait impliqué une autre conception des droits sociaux. De plus, l’institution d’une assurance chômage obligatoire est très tardive. Ce manque de perspective globale amène les auteurs à définir le caractère «social» de l’assurance chômage sur la base de critères restrictifs.
    Une discussion plus approfondie aurait été enfin souhaitable lorsque Tabin et Togni estiment que le caractère obligatoire de l’assurance «fait porter sur les victimes le prix du chômage et en dédouane totalement le patronat sinon par la fiction de la cotisation ‘patronale’ qui n’est rien d’autre qu’un salaire socialisé» (p. 179). En effet, si la création d’une assurance chômage obligatoire participe effectivement au processus de socialisation du salaire (les cotisations permettent le financement des prestations sociales), il n’en demeure pas moins qu’elle renchérit le coût du travail pour toutes les entreprises, indépendamment du fait qu’elles licencient ou pas. On regrettera enfin que des chiffres erronés concernant la cotisation dite de solidarité (confusion entre 1% et 1‰) aient pu amener les auteurs à considérer le montant en question comme étant «dérisoire» (p. 195).